Enseignement

Vers la fin de la violence pédagogique en France ?

L’enseignement sous toutes ses formes et à tout âge est un moment cognitif privilégié pendant lequel la forme compte tout autant que le fond.

Celui qui apprend se confie à la bienveillance du professeur, il rend les armes pour un moment, il est fragile.

Cette fragilité de l’élève laissait la place bien trop souvent à une violence pédagogique confortée par une société qui croyait plus en la discipline qu’en l’imagination.

Cette violence pédagogique pouvait se décliner en maltraitance, culpabilisation, dévalorisation et au bout du compte abandon de l’élève, correspondant aux quatre types de violences objectivées par Charles Rojzman (Sortir de la violence par le conflit, La découverte, 2008). On peut y ajouter une dimension temporelle: si les épisodes d’actes hostiles se répètent, il s’agira de harcèlement, soit d’un élève en particulier, soit d’un type d’élève ne correspondant pas au profil idéalisé par le harceleur et devenant un bouc émissaire de ses déceptions passées.

Cela laissait une place confortable à des personnalités pathologiques que l’on mettait parfois plusieurs années à repérer, d’autant plus qu’il s’agissait de maîtres respectés par ailleurs et qu’ils agissaient souvent dans le secret: cours particuliers, entretiens privés, délibérations confidentielles.

Le cas des membres de jury d’examen invités pour valider un enseignement terminal est caractéristique. Il suffisait qu’une de ses personnalités problématiques prenne en grippe un élève pour que les autres jurés soient embarqués dans une diatribe humiliante, eux-mêmes se sentant maltraités et désireux d’échapper le plus rapidement possible à cette violence: voici qu’apparaît une violence plus insidieuse encore, la violence indirecte par défaut de protection de la victime, délit de non assistance de l’élève en danger, contre lequel la société s’insurge dorénavant à juste titre.

L’abus de position dominante est maintenant bien objectivé: on parle de « manipulateurs », de « pervers narcissiques », de « grandes gueules », et on sait maintenant les repérer à l’école, à l’université, au conservatoire, en entreprise, en formation professionnelle.

L’inutilité de cette violence est également bien objectivée: les sciences cognitives montrent que le cerveau apprend d’autant mieux et avec plus de créativité qu’il se sent plus à l’aise, en confiance, avec des professeurs engagés dans leur domaine et pour leurs élèves.

Une simple méthode pour éviter d’être une victime: communiquer très rapidement avec la famille, les amis, les associations, les journalistes, et si besoin les autorités publiques.

N’ayons pas peur des représailles: nous travaillons tous à la construction d’une société plus collaborative, plus créative, plus respectueuse de chacun, plus paisible.

Cela est sans doute tout aussi et sinon plus important que l’enseignement lui-même.

 

Dr Alexandre-Pierre Gaspar.
(Juin 2017)

, , , , ,